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Dimanche 8 janvier 2006

Résumant, on peut proposer en s’inspirant de Freud que les trois métiers " impossibles " sont par ordre chronologique : éduquer, faire " psycho-maturer " et gouverner. A mon sens, à ces trois " métiers " impossibles, correspond une même philosophie " churchillienne " : ‘la démocratie est le pire des régimes…’, la formation à la liberté est la pire des éducation , et la psychanalyse la pire des maturations psychiques , ‘…à l’exception de tous les autres’.

Comme on le sait à propos de la Démocratie, ce ne sont pas qu’effets de manche et paroles en l’air. Dans le champ de l’humain, on est très souvent mis devant le choix de la politique du moins pire …ou du pire. C’est Jacques Lacan qui avait parlé de la psychanalyse qui s’" …ou pire ".

 

Pourquoi est-on confiné à ce choix décevant ? Je ne prétendrais pas répondre ici, mais on peut remarquer que le Romantisme comme maladie de l’idéal du Moi a débouché sur le déchaînement des " idéaux " révolutionnaristes prônant un " homme nouveau ".

Il n’y a pas plus d’homme nouveau que d’homme né des fumées jupitériennes ou livré en pied par le bec d’une cigogne : l’homme, dont le propre est la parole, naît toujours de la fornication de tel homme et de telle femme, " mon " père et " ma " mère.

 

On peut alors énoncer les faits scientifiques qui étayent la psychanalyse, aussi triviaux que la chute balistique des corps qui fonde la physique newtonienne :

 

     

  1. Une alliance amoureuse entre une femme et un homme, sous diverses formes de nos jours, accompagnée de force discours échangés, avec fornication et fécondation comme résultat.

     

     

  2. Un inceste fondateur entre le bébé et sa maman, nourricier, charnel, hyper sensuel et d’allure mystique. Cette puissante relation amoureuse physique singulière et salvatrice pour ce bébé va couvrir des semestres, car le bébé naît " prématuré " et est incapable pour longtemps de se sauvegarder lui-même, à la différence des animaux.

     

     

  3. Un univers de la signifiance et de la parole, charpenté par la langue maternelle, que le petit d’homme est contraint d’apprendre en sélectionnant parmi les possibles de sa totipotence neurobiologique, la parole devenant le véhicule de l’expression du désir.

     

     

  4. Un interdit de l’inceste, Loi universelle des sociétés humaines, qui oblige l’enfant à refouler son désir incestueux fondateur, désir qui ne peut pas disparaître (règle scientifique élémentaire de l’ontogenèse qui, par exemple en anatomie, fait que l’organisation embryologique ne disparaît pas de l’organisme adulte, mais au contraire le structure de façon impérative),…

     

     

  5. … et qui commence à fonder un système de pensée signifiante de la désirance devenue inconsciente. Un complexe jaloux à l’encontre du parent rival, dit complexe d’Œdipe, couronne ce refoulement, complexe lui même refoulé à son tour car politiquement incorrect dans la vie familiale!

     

     

  6. Le fait du rêve, hallucination compensatoire des frustrations de la veille chez l’animal supérieur- donc gardienne du sommeil (Freud)-, qui produit un vécu qui est aussi un récit travesti signifiant le désir interdit frustré, dans la cadre de la régression-récupération journalière de 8 heures.

     

     

  7. Le fait du symptôme, par excellence hystérique de Charcot, décodable comme conversion d’une déclaration d’amour-haine, donc d’un discours de désir.

     

     

  8. Le fait du transfert des relations infantiles, que vit chaque praticien de la relation humaine, et que la médecine connaît depuis belle lurette comme " colloque singulier " médecin – malade.

     

     

  9. Enfin ces données sont sans cesse reproduites pour chaque être humain à titre singulier, donc irréductibles à une sérialisation simpliste, d’autant plus que l’inconscient signifiant est par nature anti-conscient, destiné à l’obscurité, nous menaçant donc d’obscurantisme sous quelque dehors que ce soit (même apparemment " cognitif ").

     

 

Déclarer ces faits " non réfutables ", car inaccessibles à l’expérimentation, est aussi pertinent que de rejeter l’astronomie par l’impossibilité d’aller manipuler les étoiles en laboratoire (sans parler des trous noirs ou du Big Bang ) , la microphysique par l’inaccessibilité des quarks et des échelles de Planck, ou le fait historique des chambres à gaz par la rareté des preuves directes autres que de témoignage!

 

Mon témoignage de praticien pédopsychiatre (malheureusement non réfutable !) est que la psychanalyse est difficile chez les adultes, mais qu’elle est extraordinairement efficace chez les enfants (sous des formes infantiles : dessin à la Dolto, jeu chez Winnicott, entretiens avec les parents pendant que l’enfant dessine ou joue), et plus précoce, plus efficace : grossièrement j’estime que ce qui demandera aléatoirement 10 ans chez l’adulte, se fera en 10 trimestres chez l’adolescent, 10 mois chez l’enfant et 10 semaines chez le bébé. Ce simple fait d’expérience professionnelle témoigne de la cohérence factuelle globale de la théorie freudienne, dont on doit souligner qu’elle a été initialement construite pour des adultes. C’est aussi ce qui rend à mes yeux scandaleuses les entraves mises à son développement dans la prévention des pathologies relationnelles infantiles, pourvoyeuses de tant de vies abîmées. Il n’y a certes pas de vie humaine parfaite, mais il y a une marge de ça au gâchis actuel qui entraîne une telle demande de psychiatres.

 

Mon estimation est que la psychanalyse est une médecine (et la " médecine de la preuve " statistique à l’anglo-saxonne, -proof based medicine-, n’est qu’une partie de la médecine , l’autre étant celle du témoignage clinique à la française), donc un Art au bord de la science -jeu de mot compris- . Médecine aussi paradoxale que d’autres, comme par exemple la chirurgie vulnérante qui ne fait guérir… que par surcroît, ou l’obstétrique accoucheuse qui soigne une… non-maladie ! Médecine étiologique de la maturation psychologique depuis les complexes incestueux de l’enfance vers l’âge adulte, … qui ne nécessite pas un diplôme mais d’avoir " fait " sa psychanalyse, ce qui n’est pas rien.

 

Mon jugement sur la campagne anti-psychanalytique actuelle : elle est indigne, peu consistante scientifiquement, ennemie des malades sous des dehors appétissants de promesses de guérison, et peut-être instrumentalisée par un lobby financier et politique (les comparaisons répétées avec le communisme et les envies de " casser la figure " rappellent une certaine propagande de triste mémoire sur le judéo-bolchevisme –Freud et Marx– , amalgame d’autant plus manipulatoire que les régimes communistes ont toujours été hostiles à la psychanalyse) .

 

Mon regret est que les psychanalystes, outre leurs différentes bonnes raisons, refusent de raison garder dans leurs guerres pichrocholesques, préfèrent la suffisance verbeuse nombriliste à l’analyse critique des difficultés réelles (comment choisir son psychanalyste de façon pertinente ? comment supporter les moments critiques ? comment faire quand on est peu argenté ? comment terminer ? etc.), et oublient eux aussi l’intérêt des patients, dont au premier chef les enfants et les adolescents.

 

Et bien entendu, je refuse d’invalider ou dénigrer les autre méthodes pratiquées par des confrères ou collègues: médicaments psychotropes, thérapies symptomatiques cognitivo-comportementales, hypnose, relaxation, relations institutionnelles (que je peux moi même utiliser selon les indications) . Comme l’impose la déontologie, dans l’intérêt des " malades ", je préfère la Médecine à l’idéologie.

Dr Jean Sarfati.

Psychiatre-pédopsychiatre. mail : sarfati.js@wanadoo.fr

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Dimanche 8 janvier 2006

Il est proposé de créer un mouvement de dialogue entre les gens de bonne volonté ayant pour objectif :

  1. de défendre et d’illustrer les thérapies de parole ayant pour une de leurs références essentielles la psychanalyse, contre la tentative mondialisée d’idéologies religieuses, néo-fascistes ou scientistes de la réduire et de la disqualifier.
  2. De développer les contributions intra et transdisciplinaires , entre les praticiens des différentes formes de psychanalyse (freudiennes, jungiennes, lacaniennes, etc.), et entre ceux ci et les praticiens d’autres disciplines, notamment dans le champ des sciences humaines.
  3. D’oser s’avancer dans la direction de l’analyse et de l’évaluation critique des constructions théoriques et pratiques de la psychanalyse depuis ses débuts, surtout au regard de ses résultats plus ou moins connaissables et évaluables sur les personnes, notamment les enfants.
  4. De faire connaître le contenu des débats au grand public afin que la Démocratie soit mieux informée des enjeux de civilisation desquels participe la psychanalyse (concernant par exemple les " trois métiers impossibles " selon Freud : la démocratie , le pire des gouvernement à l’exception de tous les autres (dixit W.Churchill); la psychanalyse , la pire des psychothérapies, à l’exception de toutes les autres ; le libertaire , le pire des modes d’éducation , à l’exception de tous les autres).
  5. De privilégier le débat plutôt que la raison, l’essentiel visé étant justement l’existence et la pérennisation du dialogue, les retombée de " l’avoir raison " n’étant à attendre que " par surcroît " pour chaque personne, auteur, Ecole, ou pour la société dans son ensemble.

C’est dans cette perspective , et pour éviter les pièges de l’ortho ou de l’hétérodoxie de tels ou tels courants psychanalytiques , que je nomme ce champ de la " fonction de la parole et du langage ", et le Dialogue que je souhaite y voir s’instaurer : la " Speakanalyse " .

Docteur Jean Sarfati. A Draguignan le 30 octobre 2005. Mail : sarfati.js@wanadoo.fr

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