Résumant, on peut proposer en s’inspirant de Freud que les trois métiers " impossibles " sont par ordre chronologique : éduquer, faire " psycho-maturer " et gouverner. A mon sens, à ces trois " métiers " impossibles, correspond une même philosophie " churchillienne " : ‘la démocratie est le pire des régimes…’, la formation à la liberté est la pire des éducation , et la psychanalyse la pire des maturations psychiques , ‘…à l’exception de tous les autres’.
Comme on le sait à propos de la Démocratie, ce ne sont pas qu’effets de manche et paroles en l’air. Dans le champ de l’humain, on est très souvent mis devant le choix de la politique du moins pire …ou du pire. C’est Jacques Lacan qui avait parlé de la psychanalyse qui s’" …ou pire ".
Pourquoi est-on confiné à ce choix décevant ? Je ne prétendrais pas répondre ici, mais on peut remarquer que le Romantisme comme maladie de l’idéal du Moi a débouché sur le déchaînement des " idéaux " révolutionnaristes prônant un " homme nouveau ".
Il n’y a pas plus d’homme nouveau que d’homme né des fumées jupitériennes ou livré en pied par le bec d’une cigogne : l’homme, dont le propre est la parole, naît toujours de la fornication de tel homme et de telle femme, " mon " père et " ma " mère.
On peut alors énoncer les faits scientifiques qui étayent la psychanalyse, aussi triviaux que la chute balistique des corps qui fonde la physique newtonienne :
Déclarer ces faits " non réfutables ", car inaccessibles à l’expérimentation, est aussi pertinent que de rejeter l’astronomie par l’impossibilité d’aller manipuler les étoiles en laboratoire (sans parler des trous noirs ou du Big Bang ) , la microphysique par l’inaccessibilité des quarks et des échelles de Planck, ou le fait historique des chambres à gaz par la rareté des preuves directes autres que de témoignage!
Mon témoignage de praticien pédopsychiatre (malheureusement non réfutable !) est que la psychanalyse est difficile chez les adultes, mais qu’elle est extraordinairement efficace chez les enfants (sous des formes infantiles : dessin à la Dolto, jeu chez Winnicott, entretiens avec les parents pendant que l’enfant dessine ou joue), et plus précoce, plus efficace : grossièrement j’estime que ce qui demandera aléatoirement 10 ans chez l’adulte, se fera en 10 trimestres chez l’adolescent, 10 mois chez l’enfant et 10 semaines chez le bébé. Ce simple fait d’expérience professionnelle témoigne de la cohérence factuelle globale de la théorie freudienne, dont on doit souligner qu’elle a été initialement construite pour des adultes. C’est aussi ce qui rend à mes yeux scandaleuses les entraves mises à son développement dans la prévention des pathologies relationnelles infantiles, pourvoyeuses de tant de vies abîmées. Il n’y a certes pas de vie humaine parfaite, mais il y a une marge de ça au gâchis actuel qui entraîne une telle demande de psychiatres.
Mon estimation est que la psychanalyse est une médecine (et la " médecine de la preuve " statistique à l’anglo-saxonne, -proof based medicine-, n’est qu’une partie de la médecine , l’autre étant celle du témoignage clinique à la française), donc un Art au bord de la science -jeu de mot compris- . Médecine aussi paradoxale que d’autres, comme par exemple la chirurgie vulnérante qui ne fait guérir… que par surcroît, ou l’obstétrique accoucheuse qui soigne une… non-maladie ! Médecine étiologique de la maturation psychologique depuis les complexes incestueux de l’enfance vers l’âge adulte, … qui ne nécessite pas un diplôme mais d’avoir " fait " sa psychanalyse, ce qui n’est pas rien.
Mon jugement sur la campagne anti-psychanalytique actuelle : elle est indigne, peu consistante scientifiquement, ennemie des malades sous des dehors appétissants de promesses de guérison, et peut-être instrumentalisée par un lobby financier et politique (les comparaisons répétées avec le communisme et les envies de " casser la figure " rappellent une certaine propagande de triste mémoire sur le judéo-bolchevisme –Freud et Marx– , amalgame d’autant plus manipulatoire que les régimes communistes ont toujours été hostiles à la psychanalyse) .
Mon regret est que les psychanalystes, outre leurs différentes bonnes raisons, refusent de raison garder dans leurs guerres pichrocholesques, préfèrent la suffisance verbeuse nombriliste à l’analyse critique des difficultés réelles (comment choisir son psychanalyste de façon pertinente ? comment supporter les moments critiques ? comment faire quand on est peu argenté ? comment terminer ? etc.), et oublient eux aussi l’intérêt des patients, dont au premier chef les enfants et les adolescents.
Et bien entendu, je refuse d’invalider ou dénigrer les autre méthodes pratiquées par des confrères ou collègues: médicaments psychotropes, thérapies symptomatiques cognitivo-comportementales, hypnose, relaxation, relations institutionnelles (que je peux moi même utiliser selon les indications) . Comme l’impose la déontologie, dans l’intérêt des " malades ", je préfère la Médecine à l’idéologie.
Dr Jean Sarfati.
Psychiatre-pédopsychiatre. mail : sarfati.js@wanadoo.fr
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||