La parole est un besoin absolu de l’adolescent comme de toute personne. C’est ce qui a amené J. Lacan à forger le terme de <<parlêtre>> pour l’être humain.
Sa parole est vécue comme une singularité demandant à se faire reconnaître par l’interlocuteur.
Etre entendu dans la singularité de sa parole réassure immédiatement l’adolescent , lui donne le sentiment d’être reconnu par l’autre. Au contraire tout ce qui tend à trivialiser la relation le fait replonger dans un sentiment de dévalorisation.
La tentation suicidaire équivaut à :<<ça, ça vous interpelle de façon non contingente>>, puisque l’essentiel est de se faire reconnaître de façon signifiante par l’autre, comme singularité unique et irremplaçable.
On retrouve ici la recherche de cette relation primo-infantile fondatrice, quasi mystique, de demande de reconnaissance par l’Autre (interlocuteur) de la signifiance ici et maintenant de sa parole.
Mais concomitamment, ce qui est dit doit être considéré comme ayant valeur de discours d’adulte , être " pris au sérieux " !
On doit créer un lien réciproque d’engagement référent à la Loi : le médecin explique n’accepter de la traiter que sous le sceau du secret médical, et que ce sceau ne pourra être rompu que par l’autorisation expresse de l’adolescent (responsabilisation du jeune).
On peut alors énoncer (ou mieux, faire énoncer) que l’ado est mineur, donc sous l’autorité de ses parents qui doivent être informés de la démarche (et l’approuver dans le meilleurs des cas).
Il ne faut jamais juger avec une connotation de mépris les parents, car ils sont une partie de l’identité de l’adolescent, une part de son narcissisme .
Insister sur la notion de travail de la parole, de SA parole.
On peut alors s’aider du " diagramme en S de la parole " dans sa version de base qu’on fait dessiner par l’ado sans modèle, sous direction verbale, pour positionner les enjeux et la place relative des médicaments (du côté du réel) et de sa parole (d’avec l’Autre).
Approcher avec délicatesse la question des désirs, notamment sexuels. Le travail sur les rêves accroche souvent très positivement (en y allant doucement, un trait interprétatif suffit à la fois, s’il est souhaitable).
La partie se noue bien quand on peut demander à l’ado de dessiner son arbre généalogique pour la prochaine séance, chez lui et à main levée, sans modèle, donc à sa manière. Une étonnante prise du processus de symbolisation se manifeste alors (que je nomme " effet rupestre ").